Publie le : 2017-05-25 05:04:48
Par : Carlile Max Dominique Cerilia

Je ne savais pas que la littérature trainait tout autour…

Il se passe partout, des actions de coup de poing en Haïti. Je ne parle là, ni de politique ni de corruption. Je vous entre en plein pied dans la culture et la littérature. Je ne m’étonnais guère quand, l’année dernière, l’écrivain canadien, Gabriel Actil, lors de son voyage en Haïti, m’a avoué son choc culturel : « Je suis surpris d’observer l’épanouissement culturel des haïtiens », m’a-t-il dit, pensif et rêveur.      

Un écrit de N’Diaye (2010) allait m’alerter davantage sur cette situation : « comprendre l’énigme littéraire de Dany Laferrière » est un petit bouquin de 59 pages à lire absolument. 

C’est dans les livres que je cherchais la face parfaite de la littérature. C’est à travers les rues de ce pays de rêveurs que j’ai trouvé des substances littéraires trainant les lieux publics comme privés. Elle traine…  aussi dans les œuvres de nos intellectuels qu’on peut nommer : Maurice Sixto, Georges Anglade, Justin Lhérisson, Jacques Stephen Alexis, Dany Laferrière... Ces lodyanseurs qui façonnent l’histoire littéraire officielle !

Culture et littérature font bon ménage en Haïti. Si bien que l’haïtien peut peindre gratuitement son histoire au soleil. Recoins de rue, « sous-arbre », trottoirs… font de bons abris pour animer un atelier de littérature-trainante, tournante. Il faut juste s’apprêter le jeu !

Ces espaces littéraires qui s’éparpillent dans le pays, n’exigent pas de billets d’entrée. Pourtant, cette pratique ne nait pas d’un coup de tonnerre. Elle a commencé dans nos « lakou », où nos grands-parents tiraient les contes.

De nos jours elle s’amplifie et se transforme. Cette oraliture, vielle de plus de deux siècles, fuit nos « lakou », qui eux, diminuent à faveur de la formation des villes, ce qui crée sous l’influence pêle-mêle de cette routine, un environnement rempli d’histoires.  

Je me rappelle un samedi, jour de marché à Vialet, petite localité de la commune de Petit-Goâve, où vendeurs s’entassent, quand acheteurs et baladeurs fourmillent sous le fouet tenace du soleil. Il était naturel que le bruit du marché fonde toutes conversations particulières, les unissait, et semblait dire sans cesse que l’homme est un dans la guerre et dans la paix, dans la misère et dans l’abondance. 

Je marchandais un lot d’oignions quand une marchande de vivre se racontait avec ses collègues. Sa tête drapée d’un foulard rouge harmonisait avec le bleue de sa robe dansant aux caprices des brises. Elle semblait mettre à nu la nuit d’hier. J’ai à peine reçu ses paroles, qui voltigeaient sous l’effet de ces doux passages du vent. Ses gestes à dérider les caractères les plus austères, vendaient si bien son histoire. 

Elle ne résumait pas un roman. Elle narrait sa vie, sa chambre, son lit. Y a pas plus fervent passe temps. Ça se raconte une fois à ce rythme là, un plaisir qu’on n’oubliera pas de si tôt.   

D’alentour, les  yeux la bombardaient  du regard. Ses gestes de mains et ses tours de reins exprimaient l’intensité de son plaisir. Elle ne se gênait pas. Elle a tout délivré au gré d’un public qui en prenait vif gout. Des éclats montaient. Rires nourris. Il ne faut pas à ce moment là marchander ! C’était le temps à la lodyans. 

J’ai mentionné plus haut : « apprêter le jeu ». Citons Dany pour fixer les règles du jeu. « Comprendre l’énigme littéraire de Dany Laferrière » grouille d’extraits de lodyans et de reportages. À la page 10, un extrait d’une interview, il a tenté de mettre ses fidèles lecteurs en garde : « L’écriture est une parenthèse de bonheur, un territoire où l’on peut faire ce que l’on veut. Ça continue : C’est pour cela que mes livres sont si collés à la réalité et, en même temps, tellement dans l’imaginaire ».   

J’ai cru rentrer chez cette marchande, alors que je me baladais au marché. Il importe pour le lodyanseur d’emmener les gens en balade, dans une réalité plus pure, plus naturellement imaginée. Je crois ferme que cette « Litté-Ra-Contar » ne peut plus se cacher du monde. 

Ici, littérature n’est pas un luxe uniquement livresque. On y tomber facilement dessus dans des carrefours, au marché, au bord de la route. Je comprends mieux pourquoi, en majorité, les haïtiens se passent de lecture. La littérature traine. On a qu’à en ramasser à bon gré. 

Carlile Max Dominique Cerilia

     

 



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